Journal de bord des Français face au coronavirus.

Arnaud, coach équestre, confiné avec ses chevaux. Par Josée Pochat

Chaque jour, nous avons décidé de vous raconter le quotidien d’un Français, face à la crise sanitaire majeure que traverse le pays. Soignants, élus, policiers, chefs d’entreprises qui, la mort dans l’âme, voient leur carnet de commande se vider et engagent des licenciements massifs, et aussi bien sûr la nouvelle vie de ceux qui viennent de perdre leur travail, de ceux qui vivent confinés à domicile, avec leurs enfants, tout en étant en télétravail, des enseignants, qui organisent tant bien que mal le travail de leurs élèves à distance… Aujourd’hui Arnaud Camus, coach équestre, confiné avec ses chevaux.

Dans la carrière, un cheval, seul, en liberté. Le coach, à l’extérieur, donne les consignes au stagiaire. Il va entrer dans la carrière et pendant trois à cinq minutes, va devoir réussir à faire bouger le cheval. Avec les moyens dont il dispose : sa main, sa voix, il peut gesticuler, courir, sauter, faire du bruit. Carte blanche. Sur le bord, les coachs observent. « Les chevaux sont ultra sensibles, explique Arnaud Camus, créateur de l’Académie Equicoaching. Ils ressentent tout. Selon qu’un stagiaire est tendu, stressé, ou au contraire serein et calme ils vont réagir totalement différemment. »

Même à l’arrêt, il faut continuer de soigner et nourrir les 60 chevaux

Pour l’instant, les carrières sont vides, les chevaux dans leurs box. Arnaud Camus a dû mettre un salarié au chômage partiel et se passer des services de trois indépendants. Depuis le 17 mars, il est confiné avec ses chevaux. Comme tous les centres équestres, il a l’interdiction de recevoir du public. Ses sessions de formation sont reportées ou annulées. Malgré tout, il faut continuer à soigner et nourrir les 60 chevaux. « C’est une charge de 5000 euros mensuels », indique-t-il. Ce n’est pas rien, pour une entreprise qui a perdu l’intégralité de son chiffre d’affaires. Comme des dizaines de milliers de chefs d’entreprises, Arnaud Camus, pour tenir, a demandé un prêt de trésorerie garanti par la BPI.

Pas facile de se faire un nom dans le coaching aux entreprises. Les DRH sont harcelés de propositions. Certaines sont plus sérieuses que d’autres. Difficulté supplémentaire pour Arnaud Camus : expliquer le rôle de la relation stagiaire-cheval dans ses formations, pour des néophytes qui ne connaissent rien aux chevaux. En dix ans d’existence, l’entreprise a pourtant construit un solide réseau et travaille avec de grands groupes, comme ST Dupont (les briquets), l’Oréal, Clarins, Vivendi, pour ne citer qu’eux. Ce dernier a même décidé de faire passer la totalité de ses cadres par la formule d’équicoaching d’Arnaud Camus, à tour de rôle, sur plusieurs années.

Les réactions du cheval, pour les spécialistes, sont étroitement corrélées au comportement de l’être humain. Chaque exercice met en lumière la communication non verbale, les messages que nous faisons passer, la plupart du temps sans le savoir, de par notre attitude corporelle, notre approche, notre ton, nos gestes, les manifestations de notre stress… L’ensemble de ce que l’on appelle la communication non verbale, autant de messages que nous envoyons aux autres. Certains spécialistes estiment même que les mots, la parole, ne représente que 5 % de ce que nous communiquons. « Tout le reste, les chevaux le ressentent, explique Arnaud Camus. Le stress, le manque de confiance en soi, l’agressivité, l’autorité parfois excessive… Nous avons codifié 54 points différents, dans les réactions des chevaux, qui nous donnent une grille de lecture nous permettant de dresser le portrait psychologique d’un stagiaire. »

Ces derniers sont souvent stupéfaits de ce que révèlent les exercices réalisés avec les chevaux. Parfois cela renforce leur perception. Parfois ils découvrent l’impact des aspects de leur personnalité sur les autres. La formation est très cadrée. Gestion du stress, cohésion d’équipe, créativité, développement de l’innovation : les sujets des stages sont déterminés en amont avec les DRH et même les chevaux choisis sont différents, en fonction des thèmes retenus !

Sa réputation, le capital le plus précieux de l’académie équicoaching

Les analyses sont croisées par trois professionnels : Arnaud Camus, spécialiste du management depuis plus de vingt ans, un ancien coach olympique de l’équipe de France d’équitation et une psychologue. Tous les trois partagent bien sûr la même passion pour leurs chevaux, qu’ils connaissent parfaitement. Les formations se déroulent un peu partout en France, dans des domaines dédiés, comme le Haras des Pins, en Normandie, les Haras de Jardy, dans les Hauts de Seine, le centre hippique du Touquet…

Si la séquence confinement est un coup rude, l’Académie équicoaching garde son capital le plus précieux : sa réputation. Depuis que l’entreprise est à l’arrêt, les coachs ont monté une session, spéciale déconfinement, post covid. Parce qu’ils sont persuadés que la vie ne reprendra pas à l’identique, comme une simple parenthèse que l’on refermerait. « On a mis sur pied une formation d’une journée, pour travailler notamment sur les aspects à développer pour marier distance physique et proximité, efficacité du management », poursuit Arnaud Camus. Très bonne nouvelle pour le redémarrage, l’équicoaching devrait être éligible au dispositif de formation FNE, après le 11 mai, et prévoit un remboursement par l’Etat de 1500 euros par personne.

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